Les incubes

Étymologie : Bas latin incubus (« cauchemar ») ou latin classique incubare (« couché sur »).

 

Origine du mythe : Romaine.

 

Le mythe : L’incube est un démon mâle qui s’assoit sur la poitrine d’une personne endormie, au point parfois de l’étouffer, pour en abuser sexuellement. Il s’en prend le plus souvent aux femmes, mais peut aussi s’attaquer aux hommes.

 

Son pendant féminin est le succube.

 

L’incube est représenté de multiples manières. Dans l’Antiquité, il est représenté comme portant un bonnet conique, comme celui des esclaves romains affranchis. Au Moyen-Âge, l’incube à la forme caprine du diable, velu, hirsute, pourvu de pieds de bouc ; ou bien celle d’un homme en noir possédant un sexe démesuré. À cette époque, les théologiens chrétiens font de l’incube un avatar du diable. Celui-ci est représenté d’une manière ressemblante à l’incube : velu, et possédant des pieds de bouc. Le Marteau des sorcières (ou Malleus Maleficarum), publié en 1486, est un traité d’inquisition qui achève de diaboliser les incubes et les succubes, et confirme les politiques de traque de ces créatures, initiée un siècle plus tôt. De nombreuses personnes furent ainsi condamnées à mort, accusées d’avoir eu des relations sexuelles avec un incube ou un succube.


 

Incubes, succubes et homosexualité

 

Si le désir sexuel est si redouté qu’il en devient un cauchemar, cela est d’autant plus vrai lorsque ce désir est tourné vers les personnes du même sexe que le rêveur.

 

Ainsi, en latin, le mot « succube » pouvait désigner l’homosexuel passif ; et le mot « incube » a été utilisé au XVIIe siècle au sens de « lesbienne ».

 


Mythes associés à l’incube

Ils sont très nombreux. En voici quelques-uns :

 

Le cauchemar : De l’ancien français chaucher (peser), ou du picard cauquer (fouler, peser) ; et du néerlandais mare (fantôme). (En latin, le cauchemar est appelé phantasma, qui a donné les mots français « fantôme » et « fantasme ».)

 

Le cauchemar est un démon qui tourmente les humains pendant leur sommeil. Il entre dans la chambre par le trou de la serrure, traverse les portes et les murs, pour venir peser sur la poitrine du dormeur au point de l’étouffer, lui inspirer de la terreur et parfois l’agresser sexuellement.

 

Le cauchemar et l’incube sont souvent considérés comme étant un seul est même mythe.

 

Le cauchemar prend la forme d’une jument la culture germanique (le mot « mara » désigne à la fois la mort et la jument, dans une aire à la fois germanique et anglo-saxonne). C’est pourquoi on retrouve souvent une jument dans les représentations du cauchemar et de l’incube, notamment dans les tableaux de Heinrich Füssli.


 

Pour se protéger du cauchemar, Ambroise Paré (célèbre médecin du XVIe siècle) préconise dans « Des monstres et prodiges », d’éviter de trop boire et de trop manger de viande avant de se coucher.

 


Les faunes. Divinités rustiques romaines, les faunes ont le corps velu, de longues oreilles pointures, des yeux étirés, des cornes, des pieds de bouc. Ils préfèrent la compagnie des femmes à celle des hommes. Ce sont les compagnons du dieu Faunus. Ils sont assimilés à des incubes.

 

Sylvain. Dieu latin fils de Saturne ou de Faunus, Sylvain est représenté pourvu de cornes, de pieds et d’oreilles de bouc. C’est le dieu de la Fécondité, de la Nature, des Bois et des Champs. Il est considéré comme un incube qui effraie les femmes en couche et les enfants.

 

Les satyres. Divinités grecques rustiques proches des faunes latins, les satyres sont velus, ont des cornes, des oreilles, une queue, des cuisses et des pieds de chèvre, et ont un membre viril surdimensionné. Les satyres sont les familiers du dieu Pan. Ils courtisent les nymphes, mais peuvent se contenter à l’occasion de jeunes filles ou de jeunes garçons. L’Église catholique les a assimilés aux démons au Moyen-âge. On les classe parmi les incubes.

 

Pan. Dieu grec des bergers, de la Nature et des bêtes sauvages. Mi-homme, mi-bouc, il est le dieu de l’instinct animal. Lascif, il ne cesse de poursuivre les nymphes, mais ne s’intéresse pas moins aux garçons. Lorsqu’il joue de la flûte, sa musique a des effets aphrodisiaques. Les démonologues de la religion chrétienne ont fait de lui le prince des incubes.

 

Lillal, ou lilū (« mâle nocturne ») et kiel-lillal ou lilītu (« femelle-nocturne ») désignent respectivement l’incube et le succube en Mésopotamie, vers 2400 avant J. C. Les deux créatures s’en prennent aux jeunes mariés, et peuvent leur inspirer des visions nocturnes.

 

Éphialtès est le terme qui désigne l’incube dans la Grèce antique. C’est un démon étouffeur, un cauchemar.

 

Le Sphinx, qui peut peser sur le corps, étrangler et ravir ses victimes peut aussi être classé parmi les incubes.

 

La lamie, ou empuse est un monstre femelle de l’Antiquité grecque, à queue de serpent ou ayant des têtes de dragon au bout des pattes. Elle s’empare de l’esprit d’une personne endormie en pesant sur sa poitrine.

Incubes animaux

De nombreux animaux, tels que l’ours, le loup, le serpent, le renard, et surtout le cheval, sont considérés dans de nombreuses cultures (mythologies grecque, chinoise et japonaise ; certaines lectures de la Kabbale juive et de Zohar ; ainsi que dans des contes occidentaux) comme des animaux incubes, ou des métamorphoses de démons ou de dieux, qui enlèvent les femmes pour les violer.

Les enfants des incubes

Selon des démonologues chrétiens (à partir du XVe siècle), les incubes ne peuvent féconder directement les femmes, car ce ne sont que des démons. Un succube doit alors recueillir la semence d’un homme et la donner à un incube, qui l’utilisera pour féconder une femme. L’enfant ainsi engendré sera donc un humain. Mais si l’idée qu’un démon puisse concevoir un enfant avec femme a longtemps gêné l’Église catholique, cela n’a pas empêché certains personnages célèbres (réels ou non), de passer pour être des enfants d’incubes. On les nomme cambions, kilcrops, rocots ; en allemand wiechsel kind (« qui change de forme »), ou wechselbalge (« qui change de peau »), ou parfois changelins (mais ce terme est aussi attribué aux enfants des fées). Ils ont un appétit si féroce qu’ils épuisent plusieurs nourrices d’affilée, hurlent lorsqu’on les touche, et rient quand un malheur se produit. La plupart ne vivent pas plus de sept ans, mais ceux qui atteignent l’âge adulte font bien souvent parler d’eux. Citons notamment :

Merlin

 

Le célèbre enchanteur de la légende arthurienne est considéré comme étant le fils d’un incube et d’une moniale (un moine femme), ce qui lui confère des dons de divination et justifie son caractère ambigu à la moralité douteuse. (Il conçoit un philtre pour donner à Uther l’apparence de Gorlois, le mari d’Ingerne, qui, dupée, s’unit à lui. Par la suite, Merlin livre à Morgane des secrets magiques, alors que ses dons de divination lui permettent de prévoir qu’elle s’en servira contre Arthur et les chevaliers de la Table ronde). On associe parfois Merlin à Myrrdin, un barde ou un chef de clan de la tradition galloise ; ou à Ambrosius, qui est, selon l’Histoire des Bretons... né sans père.

 

Nicolò Paganini

 

Célèbre violoniste, guitariste, altiste et compositeur des XVIII et XIXe siècles, Paganini a acquis la sulfureuse réputation d’avoir vendu son âme au diable. Ses particularités physiques (il était hyperlaxe, ce qui lui permettait une extension des doigts extraordinaire, d’où sa virtuosité légendaire ; il avait le teint blafard, et était extrêmement maigre), ainsi que ses mœurs scandaleuses pour l’époque (joueur invétéré, grand amateur de femmes, buveur), et peut-être aussi de la jalousie de la part de ses contemporains qui ne s’autorisaient guère les mêmes plaisirs que lui ; ont nourrit cette légende. Par lassitude ou par jeu, il a fini par prétendre lui-même être le fils d’un incube.

Citons également : Robert, le père de Guillaume le Conquérant ; Jules César, Martin Luther et le peuple entier des Huns. Au Moyen-Âge, on croyait que les incubes engendraient des sorciers ou des magiciennes, ce qui fournira de nombreux procès à l’Inquisition.

Mon interprétation du mythe de l’incube

À l’instar du succube, l’incube incarne le rêve érotique, le désir qui s’impose au dormeur malgré lui. Ce désir pour les hommes devient alors un monstre effrayant pour les deux sexes, qui devra être combattu. Mais si bien souvent on considère que le succube séduit sa proie, l’incube, lui, la viole, ce qui laisse à penser que, contrairement au succube, l’incube représente davantage le désir de l’autre imposé par la force que le désir du dormeur lui-même. Les femmes seraient donc davantage tourmentées par le désir de l’autre que par le leur, comme si elles ne pouvaient être le sujet du désir, mais uniquement l’objet.

 

La forme prêtée à l’incube est aussi très révélatrice. S’il possède une forme mi-animale, voire entièrement animale, pour symboliser la bestialité du désir sexuel, cela signifie aussi que l’on considère l’animal comme un être insensible uniquement soumis à ses basses pulsions. Ce mythe n’est donc pas seulement sexiste, il est aussi spéciste.

Les incubes dans Sous les cieux de Syranis

Pour toutes les raisons que j’ai invoquées précédemment, j’ai décidé de complètement réinterpréter le mythe de l’incube. Plutôt que de reprendre cet animal-démon pervers, j’ai choisi d’en faire un séducteur, au sens noble du terme, c’est-à-dire une personne qui a besoin d’être aimée, et donc, de plaire. Il n’y a donc rien de déplaisant chez mes incubes : ni leur aspect physique, une apparence humaine à la plastique irréprochable ; ni leur comportement : ce ne sont pas des "dragueurs", mais des personnes raffinées, intelligentes et sensibles, bien plus à même de plaire aux femmes (et aux hommes) que des brutes épaisses.


Sources : Wikipédia : incube, succube.

Site de France musique.

L’Encyclopédie du Merveilleux, Edouard Brasey

Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, Jean-Michel Sallmann et al.,

Le Larousse des mythologies du monde, Fernand Comte.

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