Les succubes

Étymologie : bas latin succuba « concubine », ou latin classique subcubare « qui couche dessous ».

C’est un nom masculin, qui ne désigne que des créatures femelles. (Il peut parfois être employé au féminin.)

 

Origine du mythe : Romaine.

 

Le mythe : Le succube est soit un démon qui prend l’apparence d’une femme (ce qui justifierait l’emploi du masculin pour le désigner) ; soit un démon femelle qui s’accouple avec des hommes endormis, pendant leurs rêves. Leur appétit sexuel est tel que leurs victimes peuvent parfois mourir d’épuisement. On peut alors associer ces relations à une sorte de vampirisme sexuel. À l’instar des déesses, les succubes sont tellement désirables qu’ils sont irrésistibles, ce qui les rend tout-puissants, et donc terrifiants.

 

Son pendant masculin est l’incube.

 

Le catholicisme a diabolisé les succubes, en prétendant que le « succubat » ne pouvait être pratiqué que par des démons, comme dans le Marteau des sorcières, le plus célèbre manuel de chasse aux sorcières, datant du XVe siècle.

 

On retrouve de nombreux mythes similaires, ou proches de celui du succube, notamment, dans la tradition chamanique, celui de l’áyami, un esprit protecteur qui enseigne au chamane l’art de guérir ; ou le mythe de la fille de l’esprit de la forêt, qui pourvoit les chasseurs en gibier, en échange des plaisirs de l’amour, mais aussi ceux de la musique.


Dans les sociétés chamaniques, on retrouve encore à l’heure actuelle une forme de croyance aux succubes et aux incubes, sous d’autres noms. Ils sont des esprits invisibles qui offrent des pouvoirs surnaturels aux chamanes lorsqu’ils se marient avec eux.


Dans la littérature arabe ancienne, les ajenni s’en prennent aux femmes, et les tajennit aux hommes. Germaine Tillion (dans Il était une fois l’ethnographie), souligne le fait que chaque succube et incube est attaché à une seule personne. Elle les qualifie de « conjoints invisibles » (ce qui m’a inspiré le titre de mon tome 1).

Deux mythes apparentés au succube

Lilith

C'est une Lillith un peu "punk", certes, mais pourquoi pas ?
C'est une Lillith un peu "punk", certes, mais pourquoi pas ?

Démon femelle issu de la tradition juive, d’origine mésopotamienne, Lilith est parfois présentée comme la première femme d’Adam, crée à partir d’argile, tout comme lui, ce qui ferait d’elle son égale. Dans la culture populaire, Lilith, aux cheveux longs et pourvue d’ailes, est souvent assimilée à un succube, bien qu’il n’existe aucun consensus sur ce point. D’autres affirment que les succubes sont au service de Lilith. Berbiguier, Wierus et d’autres démonologues prétendent que l’Enfer contient un panthéon de divinités archaïques, diabolisés par la religion chrétienne. Parmi eux, on retrouve Lilith, considérée comme la princesse des succubes, et Pan, comme le prince des incubes.

 

Un symbole féministe

Lilith est souvent considérée comme l’archétype de la femme libre et insoumise, à la sensualité assumée, qui s’oppose au pouvoir divin et masculin, c’est pourquoi parmi les militantes du groupe féministe « Choisir la cause des femmes », certaines ont pris l’image de Lilith comme emblème, en raison de son statut d’égale à Adam.

Mélusine

Si elle est plus souvent considérée comme une fée, parfois comme une sirène, certains n’hésitent pas à qualifier Mélusine de succube. Son animalité (puisqu’elle peut prendre une forme serpentine), la ferait entrer dans cette catégorie, et expliquerait la durabilité du succès de son histoire (vieille de près de dix siècles). Sensuelle, très féconde, bâtisseuse, Mélusine est le symbole d’une jonction entre l’humain et l’animal, entre les mortels et le surnaturel, ce qui va bien entendu à l’encontre des dogmes de la chrétienté.


Mon interprétation du mythe du succube

Il paraît évident que le succube symbolise le désir masculin pour les femmes, désir à la fois dominateur et source de plaisir. Que l’origine de ce désir ait été attribuée à un être surnaturel qui a le pouvoir d’imposer sa volonté en dit long sur la façon dont sont perçues les pulsions sexuelles dans l’histoire de l’humanité. Succubes et incubes incarnent le rêve érotique : ils s’imposent au dormeur, qui ne peut ni les maîtriser, ni les chasser. En décrétant que le succube, ainsi que de nombreuses autres créatures issues de différentes cultures, telles que les incubes, les fées, les lutins, les trolls, les gnomes, les dracs, étaient des créatures du démon, l’Église catholique leur a conféré un caractère malsain et effrayant, pour les discréditer aux yeux des fidèles. Le succube, incarnation de la féminité absolue et totalement assumée, devient incarnation du mal redoutée et rejetée.

 

[Il est intéressant de noter qu’au cours de mes humbles recherches, je n’ai trouvé aucune mention d’une possible possession d’une femme par un succube. (D’ailleurs, si vous découvrez des informations à ce sujet, n’hésitez pas à m’en faire part.)]

Les succubes dans Sous les cieux de Syranis

Avant que je ne fasse des recherches pour « La Maîtresse invisible », le succube n’était pour moi qu’une sorte de sirène terrestre qui envoûtait mes personnages dans les jeux de rôle (comme Baldur’s Gate, par exemple), et dont je me débarrassais à coup de flèches magiques. J’ai découvert alors un mythe bien plus riche et fascinant que je ne l’imaginais, très révélateur de la façon dont sont perçues les femmes dans les sociétés humaines.

 

J’ai voulu créer un personnage de succube éminemment intelligent (et attiré par l’intelligence), aux sentiments profonds et complexes, pour casser l’image classique du succube à forte poitrine et obsédé par le sexe (tapez le mot « succube » sur Google, et vous comprendrez pourquoi je dis ça...), qui avilit encore un peu plus la femme, en la réduisant à ses seuls attributs sexuels, pour pervertir sa beauté et ses désirs.

 

Mes succubes et incubes ont autant besoin de romance que d’amour charnel. Ils sont attirés par l’esprit autant que par le corps, ce qui les rend bisexuels par nature.


« Du calme, mignon de succube ! »

Sous les cieux de Syranis, tome 1 La Maîtresse invisible

 

Dans mon univers, le terme « mignon »/« mignonne », désigne le compagnon/la compagne d’un succube ou d’un incube. Je me suis ici autorisée une transposition du terme anglo-saxon « minion », qui signifie « favori », « séide », « acolyte ». Ce terme est souvent employé pour parler du serviteur d’un méchant.

(Dans l’Histoire de France, le terme « mignon » désignait les favoris d’Henri III.)


Si le mythe d’origine du succube pose la question du libre consentement du dormeur possédé, cela n’est plus le cas dans mon univers, car succubes et incubes sont télépathes : ils peuvent donc savoir si leur désir est partagé ou non, en consultant directement les pensées de la personne sur laquelle ils ont jeté leur dévolu, ce qui leur permet de s’unir avec l’esprit du rêveur, qui leur plaît tant.


Sources : Wikipédia : succube, Lilith, Mélusine, incube.

L’Encyclopédie du Merveilleux, Édouard Brasey

Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, Jean-Michel Sallmann et collab.

Écrire commentaire

Commentaires : 0